À Ouahigouya, au Burkina Faso, le parcours de Diallo Adama Ibrahim raconte bien plus qu’une histoire d’élevage et de producteur de lait. C’est celui d’un engagement de toute une vie au service du lait local, de la dignité des producteurs et de la souveraineté alimentaire.
« Sans marché solide, il n’y a pas de production durable »
Rien ne prédestinait pourtant Diallo Adama à devenir éleveur et producteur de lait. Lorsqu’il se lance en 1992, c’est presque par hasard. Mais très vite, au contact du terrain, une passion naît. Il apprend, observe, expérimente et surtout, il comprend que seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin.
Il rejoint alors un groupement engagé dans la collecte et la transformation du lait local. Année après année, avec d’autres producteurs, il construit une dynamique collective. En 2012, cette aventure franchit un cap décisif : leurs produits laitiers accèdent enfin au marché.
Mais le chemin n’a rien d’un long fleuve tranquille.
Au début, il y a l’enthousiasme, l’envie de réussir, la conviction que tout est possible. Puis vient le temps des réalités : le manque de formation, les difficultés d’organisation, les limites du système. Diallo Adama et ses pairs apprennent sur le terrain, souvent sans accompagnement. Ils se forment en avançant.
Peu à peu, une évidence s’impose à lui : pour faire évoluer la filière, il faut aussi s’engager au-delà de l’exploitation. Il s’investit alors dans les instances nationales, porte la voix des éleveurs et défend leurs intérêts. Cet engagement le conduit à devenir Président de l’Union nationale des mini-laiteries et producteurs de lait local du Burkina Faso (UMPLB) et membre du Conseil d’Administration de la CPF.
Au fil de son parcours, une autre réalité le frappe : la dévalorisation du lait local. Pendant longtemps, les produits importés ont occupé le devant de la scène, reléguant les productions locales au second plan. Avec ses pairs, il décide de changer les choses.
Commence alors un combat de longue haleine. Plaidoyer, sensibilisation, mobilisation, jusqu’à porter le message au-delà des frontières. En Europe même, il échange avec des producteurs qui découvrent, parfois avec surprise, les conséquences de certaines politiques commerciales sur les marchés africains.
Mais sur le terrain, les défis persistent.
Diallo Adama le dit sans détour : l’accès au marché reste le principal obstacle. Face à la concurrence des produits importés, écouler le lait local est un défi quotidien. Sans débouchés fiables, difficile pour les producteurs d’investir et de se projeter.
Il évoque aussi le manque de formations adaptées, qui freine le développement du secteur, ainsi que le défi de convaincre les consommateurs de privilégier le lait local.
Un travail de sensibilisation de tous les jours.
Il se souvient également d’un tournant marquant : la suppression des quotas laitiers en Europe en 2015. Une décision qui a entraîné un afflux de produits laitiers sur les marchés africains, fragilisant encore davantage la filière locale.
Face à ces défis, Diallo Adama choisit d’agir.
Convaincu que l’avenir passe par le consommer local, il milite pour l’intégration du lait local dans les cantines scolaires et pour une meilleure protection des marchés nationaux.
Il mise aussi sur les mini-laiteries, véritables piliers de la filière. Ces unités, souvent portées par des femmes, jouent un rôle essentiel dans la transformation, la valorisation et la commercialisation du lait local, tout en contribuant à l’autonomisation économique.
Dans cette dynamique, une initiative majeure voit le jour en 2015 : la marque « FaireFaso ». Son objectif est simple mais ambitieux : permettre aux consommateurs d’identifier clairement les produits issus du lait local, tout en garantissant qualité et équité pour les producteurs.
Cette marque devient rapidement un symbole de reconnaissance et un outil de plaidoyer pour toute la filière.
Pour aller plus loin, Diallo Adama s’engage également dans l’organisation des “72 heures du lait local”, un événement soutenu par la Confederation Paysanne du Faso ( CPF) qui rassemble producteurs, transformateurs, consommateurs et décideurs autour d’un objectif commun : promouvoir le lait local et renforcer les échanges.
Aujourd’hui, son regard est tourné vers l’avenir.
Son ambition est de renforcer la marque « Faire Faso », de structurer davantage les unités de transformation et de développer des infrastructures communautaires permettant aux acteurs de mutualiser leurs moyens.
Mais au-delà des projets, c’est un message qu’il souhaite transmettre.
Aux jeunes, il rappelle que la filière laitière offre de réelles opportunités et qu’il est possible d’en vivre dignement. Lui-même se tient prêt à accompagner ceux qui veulent s’engager.
Son parcours a aussi été nourri par des rencontres, notamment avec un éleveur Belge Erwin Schöpges engagé pour la défense des petits producteurs. Une inspiration qui a renforcé sa conviction : l’agriculture doit permettre à ceux qui la pratiquent de vivre dignement de leur travail.




